Le projet de réhabilitation de la crypte d’une église par un promoteur fait polémique !

Dans le cadre de « Dessine-moi Toulouse », un concours lancé par la Métropole, le promoteur Icade prévoit de réhabiliter la crypte de Saint-Aubin. Son projet ne fait pas consensus.

« Jean-Luc Moudenc fait revenir les marchands du temple ». Candidat aux élections municipales à Toulouse, sous l’étiquette du Rassemblement NationalQuentin Lamotte demande un référendum local sur le devenir de la crypte de Saint-Aubin. Ce lieu avait fait l’objet d’un concours lancé par la Métropole dans le cadre de « Dessine-moi Toulouse ». Un concours remporté par Icade Promotion avec son projet « Light House ».

Un espace dédié à la création et à la vie de quartier

Le promoteur prévoit de réhabiliter cette crypte de 1800 m2 et d’en faire un espace dédié à la création, au numérique et à la vie de quartier d’ici 2022.

Restaurée en 1952, grâce à l’aide financière des paroissiens, la crypte de Saint-Aubin permettait par le passé d’accueillir diverses activités : associations caritatives, catéchisme, scoutisme, réunions paroissiales…

Depuis le début des années 2000, elle était fermée au public pour des raisons de sécurité

« Et demain que proposera-t-il ? La construction d’un fast-food dans la nef ? »

Le candidat Quentin Lamotte entend stopper aujourd’hui les avancées d’un projet qu’il juge « mercantile » :

Ce projet, en désacralisant la crypte, nie le caractère religieux et sacré de l’église Saint-Aubin et soumet un lieu de culte à l’idéologie du tout marchand et du tout économique. Aujourd’hui M. Moudenc veut transformer la crypte en cité des start-up et demain que proposera-t-il ? La construction d’un fast-food dans la nef ?

Une pétition est en ligne

L’homme politique rappelle que le site est lié au catholicisme depuis 1262. La crypte a « toujours été dédiée au culte sauf durant l’Occupation allemande ou elle a été transformée en dépôt d’armes et en hôpital », souligne Quentin Lamotte. Le candidat du Rassemblement National n’est pas le seul à s’opposer au projet. Une pétition pour « Sauver l’église Saint-Aubin », actuellement en ligne, évoque une pression de la part du promoteur pour désacraliser l’endroit :

Alors que la municipalité s’était engagée à achever les travaux de mise en sécurité du lieu entrepris ces dernières années pour permettre aux paroissiens de réintégrer les lieux, le promoteur Icade soumet l’archevêché à une pression médiatique considérable depuis plusieurs mois dans le seul but d’obtenir la désacralisation de l’église pour y créer un projet commercial nommé Light House.

Une loi protectrice

La loi de 1905 a attribué aux communes la propriété des églises paroissiales alors existantes, à charge pour elles de les entretenir. Contacté par Actu Toulouse, l’abbé Simon d’Artigue, curé de la paroisse Saint-Aubin, tient à rassurer ses paroissiens. Il rappelle le statut juridique de ce bâtiment. L’affectation au culte est « gratuite, permanente et perpétuelle ». Selon le prêtre toulousain, l’archevêque de Toulouse, Monseigneur Robert Le Gall, n’a pas l’intention d’abandonner cette affectation au culte, ne voulant pas faire de Saint-Aubin un précédent en France. 

Une question juridique

Dans cette affaire, l’Église craint un précédent : la crypte aujourd’hui, pourquoi pas l’église demain. Le sujet aurait d’ailleurs été abordé lors de l’assemblée plénière d’automne de la Conférence des évêques de France, réunie à Lourdes.

« L’archevêque de Toulouse est à la recherche d’une solution », confie Jean-Luc Moudenc. Ce dernier souhaite que le diocèse fasse connaître ses besoins, les concrétise dans l’espace. L’affectation au culte pourrait ainsi être reformulée si nécessaire, dans l’espace jugé nécessaire par la paroisse. « Le débat est de savoir si l’on peut circonscrire ».

Le risque ? Un statu quo

Mais si, in fine, la position ecclésiale consistait à maintenir l’affectation au culte sur les 1 800 m2 de crypte, le projet serait caduc. Le maire de Toulouse en est conscient :

À ce moment là, effectivement, cela empêche la réalisation du projet. Mais ce serait d’une inutilité totale, car la paroisse n’utilise pas la crypte. On aura un statu quo. L’Église ne gagnera rien à cela, si ce n’est une image de fermeture.

Outre la crainte d’un précédent pour l’Église, demeure une question juridique. L’investisseur, à savoir le promoteur Icade, doit avoir des garanties (des droits réels) pour obtenir le financement nécessaire au projet. Un cabinet notarial est en train de travailler sur le sujet.

« Un climat constructif »

Laurent Nicolas, directeur régional pour Icade Promotion, confirme à Actu Toulouse l’avancée du projet :

Nous sommes dans une dynamique pour faire avancer le projet. Il y évidemment comme dans tout projet des points de calage à faire avec le diocèse et avec la ville. Le dernier rendez-vous que nous avons pu avoir avec les paroissiens et le curé s’est déroulé dans un climat constructif. Nous avons répondu aux interrogations des paroissiens. Nous avons montré ce que pouvait apporter ce projet à la paroisse mais aussi au quartier dans son ensemble, pour les associations, pour l’école…   

La question doit encore être tranchée

En revanche, Laurent Nicolas confirme l’analyse du maire de Toulouse concernant l’affectation de la crypte :

C’est en effet une question dans le montage juridique. Il faudra trouver le modèle le plus adapté pour que chacun y trouve son compte. Aujourd’hui, dans le modèle économique, la question de la désaffectation de la crypte doit être tranchée. La désaffectation doit être effective pour permettre une activité autre que celle qui était prévue initialement dans la crypte. Bien évidemment, l’église n’est pas concernée.

La mairie restera propriétaire de la crypte, sous la forme d’un bail emphytéotique signé avec le promoteur Icade. Mais demeure encore une question : que se passera-t-il à la fin du bail emphytéotique ?

Lire l’intégralité de l’article rédigé par Hugues-Olivier Dumez sur Actu Toulouse.